Par Amira Mahfoudi
Dans une lettre ouverte publiée par Afrique XXI, près d’une centaine de chercheurs de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne s’opposent au projet d’augmentation des droits d’inscription pour les étudiants extracommunautaires. Une mesure que Marie-Emmanuelle Pommerolle, enseignante-chercheuse en science politique interrogée par TV5MONDE, qualifie de "discriminatoire au regard de la réputation internationale de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et de sa longue tradition de coopération, notamment en Afrique".
Dans une lettre ouverte publiée par Afrique XXI, près d’une centaine de chercheurs de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne s’opposent au projet d’augmentation des droits d’inscription pour les étudiants extracommunautaires. Une mesure que Marie-Emmanuelle Pommerolle, enseignante-chercheuse en science politique interrogée par TV5MONDE, qualifie de "discriminatoire au regard de la réputation internationale de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et de sa longue tradition de coopération, notamment en Afrique".
"Des droits d’inscription prohibitifs et discriminatoires." C’est ainsi que près de 100 enseignants et chercheurs qualifient, dans une lettre ouverte publiée sur le média Afrique XXI, le projet de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, dont le conseil d’administration votera ce lundi 1ᵉʳ décembre la levée de l’exonération des frais pour les étudiants non-européens.
Concrètement, si une telle mesure est adoptée, les étudiants extracommunautaires devront s’acquitter dès la rentrée 2026 de 2 895 € pour une licence et 3 941 € pour un master, des montants sans commune mesure avec les 178 € payés aujourd’hui en licence par la majorité des étudiants.
"Ce sont 1 000 sur 5 000 étudiants étrangers extracommunautaires qui seront directement concernés par cette levée d’exonération", détaille à TV5MONDE Marie-Emmanuelle Pommerolle, enseignante-chercheuse en science politique à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Même si ce nombre peut sembler limité, selon elle, cette mesure “reste discriminatoire car les étudiants et étudiantes concernés paieront des droits bien supérieurs à leurs camarades pour un service exactement identique. La seule différence, ce sera leur nationalité".
"Un programme mal nommé"
Le coupable : le programme "Bienvenue en France", lancé en 2019 par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Cette stratégie a rendu possible la différenciation des droits selon la nationalité, que de nombreuses universités avaient jusqu’ici refusé d’appliquer, la jugeant discriminatoire. "Bienvenue en France, c’est un programme mal nommé. Pendant longtemps, les présidents d’université ont refusé de l’appliquer, car ils le trouvaient discriminatoire", précise Marie-Emmanuelle Pommerolle.
À l’origine, le plan visait à améliorer l’accueil des étudiants internationaux, non à les pénaliser financièrement. Certaines catégories d’étudiants extra‑communautaires pouvaient d’ailleurs être exemptées (boursiers, réfugiés, suisse, québecois…), ce qui permettait à certains de rester soumis aux anciens tarifs.
Dans les faits, l’instauration de droits différenciés risque de créer d’importantes barrières financières pour les étudiants du “Sud global”, relançant le débat sur l’égalité d’accès à l’enseignement supérieur et le rôle social des universités. En 2019, France Universités, qui rassemble les dirigeants des universités françaises, avait d’ailleurs exprimé ses réserves à propos de ce programme.
Une contrainte en plus
Ce changement pourrait également précariser davantage des étudiants déjà confrontés à des difficultés administratives, comme les longs délais de traitement de leur titre de séjour, ou économiques, face à l’inflation qui touche les étudiants plus largement, étrangers comme français.
Lire : France : des études plus chères pour les étudiants étrangers
"L’enseignement supérieur va tellement mal qu’on est allé chercher de l’argent chez ceux qui en ont le moins. Parmi ces étudiants extracommunautaires, certains auront les moyens, mais beaucoup d’autres ne pourront pas se permettre cette inscription", souligne Marie-Emmanuelle Pommerolle.
D’après la lettre ouverte adressée au Conseil d’administration de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, l’université "continue de creuser le fossé entre Français et étrangers", alors que le projet de loi de finances (PLF) 2026 qui prévoit lui de fermer l’accès aux étrangers à l’aide personnalisée au logement (APL). Si le Projet de loi de finances est voté en l’état, 300 000 étudiants perdront leur droit à l’APL, une aide représentant entre 100 et 250 € par mois, précieuse pour des étudiants déjà précaires. Le gouvernement compte la supprimer pour tous les étudiants extracommunautaires non boursiers.
"Des universités à l'os"
Mais le PLF ne fait pas de cadeau à l’université et à l’enseignement supérieur non plus. Au contraire : il leur impose de nouvelles charges sans aucune hausse de financement en contrepartie. Par conséquent, les établissements doivent absorber des coûts qu’ils ne peuvent plus assumer.
Il est vrai que le contexte budgétaire des universités est déplorable. Nos universités sont à l’os. L'année dernière, notre université a coupé de 90% du budget pour la documentation. C’est-à-dire que nous n’achetons plus de livres
Marie-Emmanuelle Pommerolle, enseignante-chercheuse en science politique à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonn
Pour 2024, 60 universités sur 74 sont déjà en déficit. “Si rien ne change, en plus des 360 millions d’euros déjà non financés en 2025 et reconductibles, près de 230 millions d’euros de charges s’ajouteront en 2026”, peut-on lire sur le site de France universités. "Il est vrai que le contexte budgétaire des universités est déplorable. Nos universités sont à l’os. L'année dernière, notre université a coupé de 90% du budget pour la documentation. C’est-à-dire que nous n’achetons plus de livres", reconnaît Marie-Emmanuelle Pommerolle.
Face à cette situation, l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne semble chercher tant bien que mal de trouver des leviers. La levée de l’exonération des frais d’inscription pour les étudiants étrangers hors UE en fait partie.
La direction, de son côté, assure que cette mesure sera temporaire et pourrait disparaître « quand les finances iront mieux ». Mais les universitaires restent sceptiques. « Nous savons bien que l’État, aujourd’hui, se désengage de l’enseignement supérieur. Et ce ne sont pas ces rustines discriminatoires qui consolideront l’enseignement supérieur et la recherche », écrivent les chercheurs dans leur lettre ouverte.
Une perte d'attractivité de l'université française
Selon les signataires, la France est déjà aujourd’hui moins attractive que le Canada, la Turquie, la Chine ou l’Afrique du Sud pour les étudiants du Sud global. Cette nouvelle mesure risque donc d’éloigner encore davantage ces candidats, au point que les recettes espérées « s’évaporeront».
Pour Marie-Emmanuelle Pommerolle, les étudiants ne seront d’ailleurs pas les seuls perdants si la mesure est adoptée : "Il y aura surtout un impact durable sur la vie universitaire française dans son ensemble", alerte-t-elle.
En cas d’adoption, l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ne serait pas la première à appliquer la levée de l’exonération des frais pour les étudiants non-européens : dix universités l’avaient déjà fait à la rentrée 2025, soit une de plus qu’en 2023, selon l'agence spécialisée AEF Info.
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7 months ago
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