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Au Cameroun, ce qui a débuté comme une simple rumeur sur les réseaux sociaux est rapidement devenu le symbole des pressions exercées sur la presse. Quatre journalistes viennent d’être libérés après avoir passé cinq jours en garde à vue, accusés à tort d’avoir volé les lunettes d’un ministre.
L’affaire éclate le 16 septembre au Palais des Congrès de Yaoundé. Quatre professionnels de l’information s’y rendent pour couvrir la clôture d’une cérémonie officielle de la Banque islamique de développement (BID), présidée par le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey. Mais au terme de l’événement, les reporters ne repartent pas avec leurs notes, mais menottés.
Le motif ? Une suspicion de vol portant sur les lunettes du ministre. Face à cette disparition, les forces de l’ordre interpellent brutalement les reporters avant de les transférer au commissariat du 10e arrondissement de Bastos, puis de les placer dans les cellules du commissariat central N°1 de Yaoundé.
Dès le lendemain, l’accusation s’effondre : les lunettes sont retrouvées intactes à l’intérieur du véhicule personnel du ministre. L’hypothèse du vol est balayée, mais la procédure ne s’arrête pas là.
Les enquêteurs réorientent le dossier vers une suspicion d’« intrusion non autorisée » dans une réunion tenue à huis clos. Sur instruction du parquet, des investigations complémentaires sont ordonnées, prolongeant la détention des journalistes tout au long du week-end. Ce n’est que ce lundi qu’ils ont finalement été remis en liberté, aucune charge n’ayant été retenue contre eux.
Dans la profession, l’indignation est générale. Comment des journalistes venus exercer leur métier dans un espace public pour un événement officiel ont-ils pu être traités comme des criminels ? Comme le résume un média local : combien coûte une paire de lunettes au Cameroun ? Pour ces quatre reporters, le prix aura été de cinq jours de liberté.
Cet épisode démontre une nouvelle fois la précarité des journalistes dans le pays. Dans son classement mondial de la liberté de la presse, Reporters sans frontières (RSF) classe le Cameroun au 133e rang, pointant un recul continu. Malgré un paysage médiatique dynamique, le pays figure parmi les zones les plus à risque du continent pour la profession, où le moindre prétexte peut servir à intimider ou à placer un reporter en détention.
Dépassant rapidement les frontières camerounaises, l’affaire a suscité de vives réactions au Gabon, au Bénin et jusqu’au Burkina Faso. Qualifiée d’« affaire biscornue aussi rocambolesque qu’hilarante » par la presse burkinabè, l’histoire a ravivé le débat sur les relations souvent tendues entre le pouvoir et les médias.
En rebaptisant l’événement le « Lunettesgate », la presse régionale rappelle une réalité brutale : en Afrique comme ailleurs, informer reste un exercice périlleux où les journalistes doivent constamment composer avec les humeurs et les exigences des puissants.
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