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Cinq mois après avoir remplacé OpenAI par Mistral comme fournisseur d’IA, Ecosia fait déjà machine arrière, critiquant la qualité des modèles du champion tricolore et le mix énergétique français, qui accorde à ses yeux trop de place au nucléaire.
Passer la publicité Passer la publicitéNous sommes en mai 2026. Une alliance technologique européenne pleine de promesses voit le jour : le moteur de recherche allemand à visée écologique Ecosia remplace le géant américain OpenAI par le fleuron français Mistral AI comme fournisseur d’IA. À peine cinq mois plus tard, l’entreprise allemande fait déjà machine arrière. Dans un entretien accordé au média en ligne Politico mardi 6 octobre, Christian Kroll, fondateur et PDG d’Ecosia, a annoncé mettre fin à ce partenariat, en ne lésinant pas sur les critiques envers la solution d’IA tricolore.
Les premières justifications d’Ecosia portent sur l’aspect technique. «Nous sommes déçus par la qualité de Mistral», a lancé le patron de la société allemande, créée en 2009. Il affirme même que les modèles du champion français de l’IA ont «un an de retard» sur la concurrence. Après avoir rencontré des problèmes techniques récurrents, Christian Kroll estime qu’Ecosia était «tout simplement un client trop important pour Mistral».
Auprès de Politico, Christian Kroll en a aussi profité pour émettre ses doutes sur l’alignement environnemental de Mistral. Ce qui rebute le moteur de recherche allemand écolo ? La part prépondérante du nucléaire dans le mix électrique français, sur lequel s’appuie Mistral. Un argument qui peut sembler paradoxal : Ecosia tourne en effet le dos à une électricité tricolore décarbonée à 95% - grâce à ses près de 70% de nucléaire -, en oubliant un peu vite que si l’Allemagne frôle les 60% de renouvelables, une bonne partie de son approvisionnement énergétique repose encore massivement sur le charbon et le gaz.
Une solution de repli chinoise
Ecosia a également sa propre vision de l’indépendance technologique, et elle ne passe pas par une majorité d’investisseurs étrangers à son capital, comme c’est le cas de Mistral AI - avec notamment l’américain Nvidia ou le sud-coréen Samsung. La start-up française ne serait donc «pas véritablement souveraine» à ses yeux, alors même que celle-ci est souvent présentée comme le fer de lance européen dans la course à l’IA.
La solution de repli trouvée par Ecosia a de quoi laisser dubitatif. Pour réduire ses coûts de moitié, le moteur de recherche allemand se tourne vers Melious, une plateforme hébergeant des modèles «open-weight» (librement téléchargeables), et assume se tourner vers des IA chinoises comme Qwen, GLM ou Kimi. Pour une entreprise européenne équipant le ministère de l’Environnement allemand ou encore le système de santé britannique, ce revirement soulève des questions, notamment sur l’indépendance numérique européenne. Sans oublier les inquiétudes liées à la censure politique intégrée dans ces modèles asiatiques, compliquée à contourner.
La réplique de Mistral n’a pas tardé. Guillaume Lample, co-fondateur et directeur scientifique de la société tricolore, a invité Ecosia à tester son tout dernier modèle, baptisé Large 4 et surnommé «le Chonk», dévoilé au lendemain de l’interview de Christian Kroll. Le tout, en rappelant que rattraper les géants mondiaux prend un peu de temps certes, mais que la courbe de progression de Mistral est exponentielle. De son côté, le PDG de la start-up française, Arthur Mensch, a balayé avec ironie, sur le réseau social X, l’argumentaire anti-nucléaire d’Ecosia : «Nous les équipons aussi [les services gouvernementaux, NDLR] ! Désolé si l’utilisation de l’énergie nucléaire est un vrai frein».
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