(Agence Ecofin) - La Banque mondiale alerte sur le poids croissant du service de la dette en Gambie, qui pourrait freiner la croissance malgré des perspectives économiques jugées globalement favorables.
Le service de la dette extérieure devrait réduire la croissance économique de la Gambie d’environ 1,2 point de PIB entre 2025 et 2028, selon le dernier rapport de la Banque mondiale intitulé « La dette publique de la Gambie : un talon d’Achille ? ». En 2024, le service de la dette représentait déjà 6,5% du PIB, soit plus d’un tiers des dépenses publiques, réduisant considérablement les marges budgétaires allouées à des secteurs essentiels comme la santé et l’éducation.
Pour 2025, la Banque estime que le service absorbera 29% du budget national. Une projection qui dépasse largement les 20,8 % annoncés par le gouvernement gambien. Les paiements d’intérêts annuels devraient ainsi passer de 54,8 millions de dollars en 2024 à près de 90,6 millions de dollars sur la période 2025–2028, accentuant la pression sur les finances publiques, a ajouté l'institution.

Une dette publique toujours élevée
Malgré une baisse relative de sa dette publique, qui est passée de 83,2 % du PIB en 2022 à 71,2 % en 2024, la Gambie reste exposée à un risque de surendettement. La dette extérieure continue de prédominer, représentant 64,5 % du total, principalement de la dette multilatérale, tandis que la dette intérieure est surtout détenue par les banques commerciales.
Dans le cadre de la gestion de sa dette publique, la Gambie a engagé d’importantes réformes afin de réduire les risques élevés de surendettement et de renforcer la soutenabilité budgétaire. Le pays s’est doté d’une stratégie de gestion à moyen terme couvrant la période 2023-2027 et d’un plan annuel d’emprunt aligné sur cette feuille de route.
Parallèlement, des efforts de renforcement des capacités et de réforme juridique sont menés. Plus de quarante responsables gambiens ont été formés en juillet 2025, avec l’appui de la Facilité africaine de soutien juridique (ALSF) et de l’Institut ouest-africain de gestion financière et économique (WAIFEM), sur les aspects techniques et juridiques liés à la négociation et à la restructuration de la dette.
Des perspectives économiques prudentes
La Banque mondiale estime que la dette publique pourrait se stabiliser autour de 60% du PIB entre 2025 et 2027, grâce à la croissance et à la discipline budgétaire.
Sur le plan économique, la Banque mondiale prévoit une croissance moyenne de 5,6 % sur 2025-2027, grâce à une activité accrue dans tous les secteurs. « La dynamique de croissance devrait se poursuivre dans l'agriculture et les services, sous réserve de précipitations favorables et d'une utilisation accrue de semences à haut rendement, ainsi que d'une reprise continue du tourisme », a-t-elle soutenu.
Toutefois, l’institution avertit que de nombreux risques pèsent sur ces perspectives, notamment la vulnérabilité de la dette, les chocs climatiques, les tensions régionales, les pressions sur la balance des paiements et les incertitudes politiques.
Charlène N’dimon
Edité par M.F. Vahid Codjia
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