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Imaginez le doigt d'une personne dont vous vous méfiez qui s'approche dangereusement de votre œil, tout en disant « je ne vais pas vous toucher ». C'est exactement ce qui s'est passé dans l’espace en orbite basse. Le doigt, c'est Cosmos 2612, un satellite militaire russe. L'engin a manœuvré pour se rapprocher d'un satellite américano-finlandais de type Iceye, dont les renseignements pourraient être exploités pour l'Ukraine.
Selon les traqueurs de satellite, le point d'aboutissement le plus proche du Iceye a été de 26 mètres. À quelques mètres près, c'est la collision avec des débris spatiaux entraînant potentiellement le début, du moins sur cette orbite basse, du fameux syndrome de Kessler, c'est-à-dire la probabilité que d'autres satellites soient percutés par ces débris et en génèrent d'autres.
Dans tous les cas, ce rapprochement n'a, semble-t-il, rien d'un accident ou d'une perte de contrôle, bien au contraire. Avant de s'approcher à quelques dizaines de mètres de sa cible, le satellite russe a réalisé plusieurs passages à 578, puis 136 mètres en resserrant sa trajectoire progressivement. À chaque passage, l'engin arrivait à une vitesse relative quasi nulle par rapport au satellite occidental. Cela signifie que la manœuvre était délibérée et précisément contrôlée.
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La Russie a donc volontairement fait voler son satellite Cosmos 2612 en formation serrée avec l'Iceye-X36, sans lui demander son avis. Ce type de manœuvre agressive n'est toutefois pas une première.
Ce rapprochement de deux satellites est une action extrêmement dangereuse. La moindre erreur de trajectoire aurait des implications mondiales pour des générations. Illustration créée à l'aide d'un outil IA. © Sylvain Biget, Futura
Un tango sans consentement
En 2017, le satellite russe Louch-Olymp s'est approché de très près du satellite de télécommunications franco-italien Athena-Fidus en orbite géostationnaire (36 000 kilomètres d'altitude). La distance d'approche a été estimée à deux kilomètres. C'est déjà très près. Globalement, il faut s'avoir qu'une distance inférieure à dix kilomètres en orbite géostationnaire est considérée comme un rapprochement critique. Cette distance enfreigne les distances de sécurité. Elle permet surtout l'interception de signaux électromagnétiques, ce qui était sans doute l'un des buts de la manœuvre.
Le 18 octobre, Cosmos 2618 manœuvrait toujours. S’agissait-il d’une procédure d’éloignement, ou bien du début d'une autre série de manœuvres en vue d'une future approche. © SatTrackCam
Depuis, ce genre de manœuvre se répète en orbite. Ce qui reste une première, c'est qu'à 26 mètres on peut dire que les satellites se sont frôlés. C'est une vraie première et c'est un signal très fort pour les forces spatiales. Avec cette manœuvre, la Russie démontre qu'elle peut être aussi désinhibée dans l'espace que sur Terre, en s'approchant au plus près d'un satellite pour l'espionner, éventuellement neutraliser ses capteurs et potentiellement le percuter pour le détruire.
Cosmos 2612 a été lancé en avril dernier dans le cadre d'un groupe de six satellites des forces militaires aérospatiales (VKS), allant de Cosmos 2609 à 2614. Le numéro 2612 est le seul des six à avoir effectué ces manœuvres. Est-ce que les autres ont la même vocation ? L'engin est un petit satellite, dont on ne sait pas grand-chose des capacités, hormis qu'il est visiblement très manœuvrant et n'hésite pas à brûler du carburant pour cela.
LeoLabs, une société commerciale de suivi des débris et engins spatiaux, a confirmé que cette approche délibérée vers le satellite occidental aurait débuté deux semaines auparavant, le 30 septembre. L'engin a démarré ses moteurs et consommé son carburant pour s'aligner dans le même plan orbital et à la même altitude qu'Iceye-X36 (550 lm). Du côté du satellite menacé, l'Iceye-X36 est un satellite d'imagerie radar d'une centaine de kilos construit en Finlande et exploité en partenariat avec les États-Unis. L'armée polonaise utilise ce service pour identifier des cibles à l'intérieur de la Russie.
D'après le média Axios, l'Ukraine utilise aussi les capacités d'Iceye, bien qu'il ne soit pas confirmé si, précisément, le X36 satellite soutient directement les opérations ukrainiennes.
????️???? Tensions militaires en orbite : un satellite russe s’approche d’un satellite d’ICEYE utilisé pour le renseignement militaire en Ukraine.
???? Le 16 octobre 2026, le satellite russe KOSMOS 2612 s’est repositionné pour s’approcher à une distance inférieure à 5km du satellite…
Brûler du carburant pour tuer un satellite
Dans tous les cas, ce satellite militaire russe a passé trois semaines à brûler intentionnellement du carburant et à ajuster son plan orbital, son altitude et son excentricité pour suivre, à vitesse relative nulle et à quelques dizaines de mètres de distance, un satellite lié à l'Occident.
Cette consommation de carburant devrait limiter considérablement sa durée de vie et c'est peut-être justement l'objectif visé. Car ces rapprochements ont également obligé le satellite Iceye à réaliser de nombreuses et énergivores corrections de trajectoire pour l'éloigner d'une collision potentielle.
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Si c'est bien l'objectif, il a été atteint. Il fait nul doute que l'espérance de vie du satellite occidental a été considérablement réduite, puisqu'il n'est pas possible de refaire le plein de carburant dans l'espace.
Démonstration du « je peux le faire »
Reste que si la proximité est documentée, l'intention exacte de Moscou demeure inconnue, même si les seules manœuvres sont le signe que le pays pourrait réaliser des actions que personne ne souhaite dans l'espace.
Le problème reste de savoir quelle réponse donner à une telle agression. C'est ce genre de comportement qui a décidé la France de lancer des satellites patrouilleurs (programmes Yoda et Toutatis) pour défendre ses actifs spatiaux. Des engins potentiellement capables de neutraliser une telle menace. Problème, ils ne sont pas en orbite et on ne sait pas grand-chose de ceux dont disposent les Américains.
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