Une start-up américaine relativement confidentielle, Radia, développe depuis 2017 ce qui serait l'aéronef le plus imposant jamais construit. Baptisé WindRunner, cet appareil de 108 mètres de long vise à résoudre un problème concret : acheminer des pales d'éoliennes géantes vers des zones éloignées, inaccessibles aux convois routiers classiques.
Un géant des airs pensé pour l'éolien terrestre
L'énergie éolienne terrestre représente environ 93 % de la production mondiale. Pourtant, elle se heurte à une contrainte physique majeure. Les pales les plus efficaces mesurent plus de 90 mètres. Or, les gabarits routiers américains n'autorisent que des hauteurs de passage d'environ 4,9 mètres. Résultat : les constructeurs sont contraints de limiter la taille des installations à terre.
Mark Lundstrom, P.-D.G. de Radia, résume l'enjeu ainsi : « Si vous pouvez installer une éolienne de taille offshore sur terre, vous triplez la capacité et réduisez le coût du kilowattheure d'un tiers ».
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Le WindRunner rendrait possible ce que les routes interdisent. Avec un volume de soute de 270 000 pieds cubes (l'équivalent de trois piscines olympiques), il pourrait emporter une pale unique dépassant 90 mètres.
Voici les caractéristiques techniques annoncées par Radia pour le WindRunner :
Longueur totale : 108 mètres.Envergure : plus de 79 mètres.Volume de soute : environ 7645,5 mètres cubes.Charge utile maximale : environ 72 500 kg.Vitesse de croisière : Mach 0,6 (environ 640 km/h).Rayon d'action : environ 1 900 km.Premier vol prévu : 2029.Malgré ses dimensions hors normes, l'appareil reste relativement léger. Radia a choisi de maximiser le volume plutôt que la masse transportée. Le cockpit seul est comparable en taille à un jet privé Gulfstream. Pour atterrir près des chantiers éoliens, sans piste bitumée, l'avion sera équipé de trains d'atterrissage robustes à pneus surdimensionnés.
Ce géant des airs volera-t-il un jour ? Rendez-vous en 2029… © Courtesy of Radia, iStock
Entre bilan carbone, défense et incertitudes politiques
La question du bilan environnemental divise. Transporter des pales dans un avion à réaction consommant d'importantes quantités de kérosène semble contradictoire avec l'objectif de réduire les émissions. Radia reconnaît cette tension mais avance que le transport ne représente que 7 % de l'empreinte carbone d'un parc éolien. L'essentiel des émissions provient de la fabrication.
L'entreprise argue que des éoliennes plus grandes produiront davantage d'énergie propre, compensant largement les émissions liées au transport. À terme, Radia prévoit de faire fonctionner le WindRunner au carburant d'aviation durable (SAF), réduisant encore son impact.
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Sur le plan politique, l'administration Trump représente un frein potentiel. Plusieurs décrets ont visé à réduire les avantages fiscaux accordés à l'éolien. Lundstrom reste prudent mais confiant : il espère que les incertitudes se stabiliseront avant le premier vol en 2029. Il voit aussi dans les besoins énergétiques des centres de données d'intelligence artificielle une opportunité nouvelle pour l'éolien.
Face à ces vents contraires, Radia diversifie ses débouchés. En mai 2025, un accord a été signé avec le département de la Défense américain. L'armée étudie l'usage du WindRunner pour transporter des hélicoptères, des chasseurs F-16 ou du matériel lourd sans démontage. Ce n'est pas un hasard : l'ex-détenteur du titre de plus grand avion du monde, l'Antonov An-225 ukrainien, remplissait exactement cette mission militaire avant sa destruction par les forces russes.
Le WindRunner incarne une idée simple et vertigineuse : parfois, pour construire des machines plus vertes, il faut d'abord construire des machines plus grandes.
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6 days ago
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