En effet, il est presque devenu acquis que l'IA est synonyme d'investissements colossaux, uniquement possibles pour quelques méga-entreprises détenues par des oligarches richissimes, et légitimés par la nécessité absolue de construire des centres de données gargantuesques. Je ne parlerai pas ici du pillage des données personnelles et des contenus pourtant théoriquement protégés par le droit d'auteur. J'y reviendrai certainement dans un autre texte.
Jeff Bezos en vient même à insinuer que la consommation d'eau des humains pourrait ralentir le développement de l'IA...
Comment en est-on arrivé à cette situation où l'IA, qui devait améliorer notre vie et l'état de la planète, devient potentiellement l'une des causes de l'aggravation du réchauffement climatique ?
En tant que chercheur en IA depuis le début des années 1980, je suis à la fois horrifié et scandalisé.
Est-ce inéluctable ?
Je ne le pense pas. Alors que l'on ne parle essentiellement que des nouvelles versions des grands modèles de langage, ou Large Language Models, centralisés et dévoreurs de ressources, une autre approche moins médiatisée se développe.
Mettre en œuvre localement les LLM est une alternative aux offres des fournisseurs d’IA
En effet, on voit se multiplier les offres de nouveaux ordinateurs spécialement optimisés pour exécuter des LLM en local. On peut alors télécharger des versions « open source » de LLM sur le site Hugging Face, par exemple. Progressivement, tous les fabricants de hardware s'y mettent. Plus besoin de cloud, ni même de connexion Internet pour les utiliser.
Quels sont les avantages et les inconvénients de cette approche ?
Alors que les coûts engendrés par les principaux fournisseurs d'IA augmentent jusqu'au point de devenir prohibitifs pour certaines entreprises, c'est une manière de réduire la facture et de garantir la confidentialité de ses données. En outre, il est alors possible de choisir des modèles adaptés à son application, voire de les optimiser si l'on est un peu débrouillard.
Cette approche réduit également le besoin de construire d'énormes centres pour stocker les données et les serveurs nécessaires aux déploiements à grande échelle. C'est donc bien meilleur pour la planète.
Aujourd'hui, près de 80 % des dépenses des entreprises européennes partent vers des fournisseurs américains ou chinois qui maîtrisent toute la chaîne de l'IA. C'est donc aussi un pas vers une meilleure indépendance numérique et une plus grande souveraineté technologique.
Par contre, cette approche locale n'est pas encore à la portée de tout le monde, car il faut maîtriser les technologies nécessaires à une mise en œuvre opérationnelle, en particulier pour une entreprise. En outre, cela ne permet pas d'utiliser les derniers modèles, les plus puissants, développés par les géants du secteur.
Si la tendance se confirme, on devrait voir apparaître des solutions de plus en plus abordables et faciles d'emploi. Affaire à suivre...
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1 day ago
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