Une nouvelle force tente de s’installer dans le jeu politique mauritanien. Lancée début juillet à Nouakchott, la coalition des Forces du Salut rassemble des partis, des députés et un mouvement politique autour d’un objectif affiché : organiser une alternance démocratique et rapprocher l’opposition des préoccupations quotidiennes de la population.
Ses responsables veulent dépasser les simples déclarations pour construire une présence sur le terrain. Ils placent au centre de leur programme la défense de la Constitution, les libertés publiques, la lutte contre la corruption et le pouvoir d’achat.
Une coalition lancée à Nouakchott
Les Forces du Salut ont été présentées le 6 juillet 2026 lors d’une conférence de presse dans la capitale mauritanienne. La coalition réunit trois partis politiques, trois députés et le mouvement Kavana. Elle compte aussi attirer des élus locaux, des acteurs de la société civile, des jeunes et des personnalités qui ne se reconnaissent pas dans les regroupements existants.
Parmi ses composantes figurent notamment le parti Al Oumrane, le Parti du changement sérieux et le Renouveau du mouvement démocratique. La direction doit fonctionner selon un système de présidence tournante, présenté comme un moyen de préserver l’équilibre entre les différentes sensibilités.
Un « quatrième pôle » dans l’opposition
La nouvelle alliance ne se présente pas comme une rupture avec l’opposition mauritanienne. Ses responsables parlent plutôt d’un « quatrième pôle » destiné à rassembler des forces jusque-là restées en dehors des trois principaux blocs.
Le député Khali Diallo défend une organisation portée par une génération plus jeune et par une représentation plus large de la diversité du pays. L’ambition affichée est de coordonner les efforts avec les autres partis d’opposition, sans imposer une fusion immédiate ni effacer l’identité de chaque composante.
Cette recomposition intervient alors que plusieurs oppositions africaines cherchent de nouvelles formes de mobilisation. Au Togo, par exemple, l’opposition s’est récemment mobilisée contre la nouvelle Constitution.
Vie chère, services publics et corruption
Les Forces du Salut veulent ancrer leur action dans les difficultés concrètes des Mauritaniens. Elles citent la hausse des prix, l’accès à l’eau et à l’électricité, la qualité de l’éducation et de la santé, l’emploi ainsi que l’approvisionnement en carburant.
La coalition estime que ces problèmes traduisent des faiblesses plus profondes dans la gouvernance. Elle réclame davantage de transparence dans la gestion publique et promet de défendre le pouvoir d’achat. En juillet, elle a demandé au gouvernement d’expliquer les longues files d’attente observées devant plusieurs stations-service de Nouakchott.
La Constitution érigée en ligne rouge
La défense de la Constitution occupe une place importante dans la déclaration fondatrice. La coalition rejette toute modification des dispositions relatives à la durée ou au nombre des mandats présidentiels. Elle veut aussi protéger les libertés collectives et individuelles et privilégier des moyens d’action pacifiques.
Ce discours s’inscrit dans un débat plus large sur les réformes institutionnelles en Afrique de l’Ouest. Au Sénégal, Bassirou Diomaye Faye a récemment saisi le Conseil constitutionnel au sujet d’une révision.
Un boycott du dialogue national
Dix jours après son lancement, l’alliance a annoncé qu’elle ne participerait pas au dialogue national en préparation. Elle affirme rester favorable au principe du dialogue, mais juge les conditions actuelles insuffisantes pour garantir un processus sérieux, inclusif et suivi d’effets.
Ses dirigeants reprochent notamment aux autorités de ne pas avoir appliqué certains engagements issus de précédentes concertations. Ce boycott constitue l’une des premières décisions politiques de la coalition et lui permet de marquer rapidement sa différence.
Le vrai test sera la mobilisation
Les Forces du Salut annoncent des visites de terrain, des conférences politiques et un grand meeting à Nouakchott. Elles veulent transformer le mécontentement social en organisation durable, puis peser sur les prochaines échéances municipales, législatives et régionales prévues en 2027.
La coalition espère que l’opposition pourra présenter des listes communes dans plusieurs circonscriptions. Son défi sera toutefois de maintenir l’unité entre des partis et des personnalités aux parcours différents. Après l’annonce, la capacité à mobiliser au-delà des cercles militants dira si les Forces du Salut peuvent réellement modifier le rapport de force politique en Mauritanie.
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