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Plusieurs épisodes récents ont donné une visibilité inattendue à ce désaccord. En juin 2026, le réalisateur Martin Scorsese a annoncé rejoindre comme conseiller une entreprise d'intelligence artificielle générative spécialisée dans la production d'images, dont il a utilisé les outils pour réaliser les storyboards d'un film.
L'annonce a suscité une opposition immédiate dans le milieu, jusqu'à une lettre du syndicat américain des directeurs artistiques lui reprochant de tourner le dos aux artistes ayant contribué à son œuvre.
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Des scènes comparables se sont produites lors de cérémonies de remise de diplômes américaines. À l'université de Floride centrale, une promotrice immobilière, Gloria Caulfield, a présenté l'intelligence artificielle comme la prochaine révolution industrielle, devant des diplômés en sciences humaines endettés et confrontés à un marché du travail incertain. Elle a été huée. L'ancien dirigeant de Google Eric Schmidt et le patron d'un label musical, Scott Borchetta, ont connu le même accueil en tenant des propos similaires.
Un renversement des attentes
L'idée que les générations récentes adoptent les technologies nouvelles en premier est répandue. Les données récentes la contredisent en partie. Une enquête Gallup indique que la génération Z n'est pas convaincue que l'intelligence artificielle renforce la créativité ou l'esprit critique, une majorité estimant au contraire qu'elle comporte un coût, en particulier pour l'apprentissage.
À l'inverse, une enquête publiée en 2025 par Thomson Reuters désigne les baby-boomers comme le groupe le plus confiant dans l'arrivée de ces outils sur le lieu de travail.
Ce qui explique l'adhésion des plus âgés
L'autrice, Siobhan Lyons, chercheuse en études des médias et de la culture à l'université Macquarie, avance une explication d'ordre biographique. Cette génération a fait le pont entre les technologies analogiques, machine à écrire notamment, et les premiers outils numériques comme le traitement de texte, dans un marché du travail marqué par de longues journées et un classement administratif considérable.
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D'où sa perception de l'intelligence artificielle comme un outil de rupture, gain de temps et interface plus intuitive que celles auxquelles elle était habituée.
Elle relaie également l'observation d'un chroniqueur technologique selon laquelle une partie du public plus âgé consomme volontiers les contenus générés de faible qualité qui prolifèrent sur les réseaux sociaux.
Les jeunes générations perçoivent ces nouveaux systèmes technologiques comme inévitables parce qu'ils sont intégrés aux infrastructures de la vie quotidienne. La contestation exprimée par une partie de la génération Z rappelle qu'un avenir différent reste possible. © Wachiwit, iStock
L'argument central
Le cœur de la démonstration porte sur les conditions structurelles, et il s'appuie sur la réaction d'un des orateurs hués. Interpellé par les étudiants, Scott Borchetta leur a répondu en substance de faire avec, d'agir, et de se saisir de cet outil pour en tirer parti.
Selon Siobhan Lyons, cette injonction ignore le contexte qui a permis aux générations précédentes de prospérer. Ces dirigeants ont commencé leur carrière à une époque où le travail humain conservait une valeur économique et sociale supérieure à celle qu'il détient aujourd'hui.
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Les systèmes qui ont produit ces trajectoires ont, dans le même mouvement, fragilisé la sécurité de l'emploi et supprimé une partie des parcours professionnels qui les rendaient possibles. L'injonction à s'adapter sous peine d'être dépassé sonnerait donc faux auprès d'une génération promise à des reconversions continues.
La question de la marge de manœuvre
L'autrice déplace ensuite le propos vers le sentiment d'agir sur sa propre vie. Elle cite la psychologue sociale Shoshana Zuboff, pour qui nous évoluons dans un environnement social hostile, produit par des décennies d'économie de marché néolibérale, où le sentiment de valeur personnelle et le besoin d'autodétermination sont régulièrement contrariés.
Elle souligne une différence de contexte. Au XXe siècle, l'adoption d'une technologie relevait davantage d'un choix, évalué selon sa compatibilité avec un mode de vie et son coût. Le courrier électronique ou le téléphone mobile n'apparaissaient pas comme indispensables, et changer de poste de radio ou de téléviseur ne semblait pas aussi inévitable qu'avoir aujourd'hui un assistant conversationnel sur son téléphone.
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Les jeunes générations perçoivent au contraire ces systèmes comme inévitables, parce qu'ils sont intégrés aux infrastructures de la vie quotidienne. Elle relève également que les dirigeants du secteur affirment ce caractère inéluctable sans engager de dialogue avec les intéressés. Sa conclusion est que la contestation exprimée par une partie de la génération Z rappelle qu'un avenir différent reste possible.
Ce que cette lecture laisse de côté
Cette analyse relève d'une position argumentée, dans un débat où d'autres lectures existent. Une donnée la complique en particulier. Les enquêtes d'usage montrent que les jeunes adultes figurent parmi les utilisateurs les plus assidus de ces outils, pour leurs études comme pour leur travail, alors même qu'ils en expriment la défiance la plus marquée. Défiance déclarée et pratique effective ne coïncident donc pas, ce qui rend la notion de rejet générationnel moins tranchée qu'elle n'y paraît.
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Plusieurs travaux relèvent par ailleurs que l'adoption de ces technologies dépend davantage du secteur d'activité, du niveau de diplôme et du type d'emploi occupé que de l'âge, ce qui invite à la prudence face aux découpages générationnels.
Enfin, l'assimilation des positions individuelles de quelques dirigeants à celles d'une classe d'âge entière repose sur des exemples médiatisés plutôt que sur une mesure représentative.
Ces réserves ne retirent rien au constat de départ, celui d'un écart réel entre les discours institutionnels sur l'inéluctabilité de ces outils et l'inquiétude exprimée par ceux qui entrent aujourd'hui sur le marché du travail.
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