Privés de « green cards » pour leurs employés, Microsoft et Capgemini dans le viseur de l’administration Trump

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Plusieurs sociétés technologiques se voient reprocher de recruter des ingénieurs étrangers en lieu et place d’Américains. Devoir se passer de ces « talents » pourrait handicaper leur dynamique.

C’est au tour de la tech de faire les frais du protectionnisme, version Donald Trump. « Protéger les travailleurs américains », « combattre la fraude au visa »… À la Maison-Blanche, le vice-président américain, JD Vance, a pris la parole devant un mur bardé de messages sans ambiguïté, jeudi soir. Il a suspendu huit sociétés technologiques d’un programme permettant à des employés étrangers d’obtenir une « green card », synonyme de droit de résidence permanent sur le sol américain. Parmi elles : la française Capgemini, le géant Microsoft, Adobe et cinq autres sociétés de services informatiques.

Aux États-Unis, les salariés étrangers hautement qualifiés peuvent obtenir des visas d’une durée maximale de six ans, grâce à un dispositif de loterie nommé H-1B. Plus de 350 000 personnes en ont bénéficié sur l’année écoulée, et 480 000 sur la précédente. Lorsque leur visa arrive à expiration, ces employés peuvent être parrainés par leurs employeurs afin d’obtenir une autorisation de territoire définitive. C’est de ce dispositif en question, nommé Perm, que l’Administration vient d’exclure ces huit multinationales. « Nous n’accepterons aucune nouvelle demande de certification de travail permanente concernant ces entreprises et nous ne traiterons aucune demande en cours », a déclaré le secrétaire au Travail, Keith Sonderling.

C’est un système scandaleux que nous laissons fonctionner depuis beaucoup trop longtemps.

JD Vance, vice-président des États-Unis

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« Aucune entreprise aux États-Unis n’a davantage abusé de ce système que Microsoft », tonnait jeudi JD Vance. D’après lui, le groupe a licencié 6 000 salariés américains et obtenu, parallèlement, 6 300 visas H-1B pour ses employés et 3 000 cartes vertes. Microsoft se défend de recruter des travailleurs étrangers pour remplacer ses employés américains à moindre coût : « Nous rémunérons nos employés titulaires d’un visa H-1B de la même manière que tout autre employé effectuant un travail comparable », a immédiatement répondu le groupe. « Sur les quelque 6 000 demandes de visa H-1B que nous avons soumises au cours du dernier exercice fiscal, 80 % visaient à prolonger ou à modifier le statut d’employés Microsoft déjà en poste. »

Selon JD Vance, ces huit entreprises auraient, depuis 2009, invité aux États-Unis près de 3 millions d’étrangers et reçu plus de 100 000 certifications de travail permanent. « C’est un système scandaleux que nous laissons fonctionner depuis beaucoup trop longtemps, a lancé l’ancien sénateur de l’Ohio, mais nous allons y mettre un terme. »

America first

Depuis son retour au pouvoir en 2025, Donald Trump a fait de la réduction du nombre de travailleurs étrangers un des axes de sa politique économique. Non content de cibler les employés peu qualifiés à travers une politique d’expulsion mise en œuvre par la police de l’immigration, le locataire de la Maison-Blanche cible aussi des travailleurs hautement qualifiés. Des actifs détenteurs d’un visa H-1B, d’origine indienne pour 70 % d’entre eux d’après les données gouvernementales. Près de 60 % sont embauchés dans l’informatique.

En mai, l’Administration Trump avait déjà annoncé qu’elle exigerait que la plupart des étrangers souhaitant obtenir une « green card » déposent leur demande depuis l’extérieur du pays, remettant en cause le principe du programme Perm. Une annonce qui, d’après le Washington Post, avait causé l’ire de patrons du secteur des technologies et de l’intelligence artificielle. Ces derniers avaient alerté la Maison-Blanche et des responsables sur les conséquences néfastes pour leurs employés.

Nadella et Pichai, symboles de l’immigration indienne

Car la tech, locomotive de la croissance américaine, s’appuie grandement sur ces travailleurs. L’Inde, en particulier, s’est imposée ces dernières décennies comme l’épicentre mondial de la formation d’ingénieurs et d’informaticiens dragués par les entreprises outre-Atlantique. Symboles de cette dynamique : Satya Nadella, le PDG de Microsoft, et son homologue Sundar Pichai d’Alphabet (Google) ont migré aux États-Unis grâce à un visa H-1B. D’après Reuters, les huit plus importants demandeurs de certification Perm au 30 juin 2026 étaient toutes des entreprises de la tech. Parmi elles : Apple, Intel, Oracle, Amazon, Nvidia et Google qui ne sont, pour l’heure, pas ciblés par ces restrictions annoncées par JD Vance.

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Il est encore difficile de savoir comment cette mesure va affecter les huit entreprises ciblées dans les mois à venir. L’impact devrait être très variable. Sur l’exercice financier de 2025, Microsoft a obtenu plus de 3 000 « green cards » via le dispositif Perm. C’est quasiment dix fois plus que Capgemini (360) ou Adobe (460), mais relativement peu par rapport aux 120 000 personnes que la société emploie aux États-Unis. Reste à savoir quels profils vont être concernés, car dans certains domaines pointus, les « talents » sont rares et précieux. Interrogées, Microsoft, Capgemini, HCL et Tata Consultancy Services n’ont pas répondu aux questions du Figaro.

L’annonce pourrait néanmoins réduire les perspectives de carrière de travailleurs du numérique étrangers aux États-Unis. « La présence réduite d’Indiens aux postes de direction aux États-Unis se traduira probablement par une baisse du “soft power” et une diminution des investissements de business angels dans les start-up nationales », redoute l’investisseur Dinesh Pai, sur X.

« Les points positifs ? Si les entreprises américaines ne peuvent pas faire venir de talents aux États-Unis, elles délocaliseront probablement le travail en Inde (…) Les meilleurs ingénieurs resteront dans leur pays pour y créer des entreprises locales et des start-ups spécialisées dans l’IA, plutôt que de travailler dans l’incertitude liée aux visas », espère-t-il.


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