Soudan : après un revers majeur, Hemedti change de stratégie

SOURCE | 17 hours ago


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Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, veut modifier la manière dont les Forces de soutien rapide combattent l’armée soudanaise. Le chef paramilitaire a annoncé un changement de stratégie après la perte de Bara et de plusieurs localités du Kordofan du Nord, un revers important dans une région devenue centrale pour les deux camps.

Dans une vidéo publiée lundi 27 juillet, Hemedti a demandé à ses troupes d’avancer plus vite et de ne plus attendre systématiquement des ordres venus du sommet. Le message intervient au lendemain de l’annonce par l’armée de la reprise de Bara, Jabra al-Sheikh et Umm Sayala.

Hemedti veut donner plus d’autonomie aux commandants

La nouvelle consigne concerne d’abord la chaîne de commandement. Selon RFI, les responsables des Forces de soutien rapide sur le terrain pourront lancer des offensives avec davantage d’autonomie, sans attendre chaque fois une validation de la direction. L’objectif affiché est d’accélérer les opérations.

Hemedti a présenté la situation comme un moment décisif. « À partir d’aujourd’hui, il n’y a plus de repos. Soit nous survivons, soit nous cessons d’exister », a-t-il déclaré dans son message. Il a aussi affirmé qu’il rejoindrait personnellement ses hommes sur le front pendant la prochaine phase des combats.

Ce ton contraste avec les messages de confiance habituellement diffusés par les FSR. The National estime que cette intervention ressemble à une rare reconnaissance d’un sérieux revers militaire, même si Hemedti n’a pas cité directement la perte de Bara.

Les vidéos des combattants désormais interdites

Le chef paramilitaire a également demandé à ses combattants de ne plus publier de vidéos ou de photos montrant leurs mouvements. Il estime que ces contenus donnent à l’armée des informations sur leurs positions et leurs déplacements.

Seules les personnes désignées pourront désormais filmer, selon ses consignes. Cette mesure montre la place prise par le renseignement numérique dans la guerre. Des séquences publiées par les combattants peuvent révéler un lieu, un convoi, un équipement ou la direction d’une unité.

Hemedti a aussi demandé à ses troupes de respecter les règles militaires et de protéger les civils. Cette déclaration intervient alors que les FSR sont accusées par des organisations internationales de nombreuses exactions depuis le début du conflit. Des accusations graves visent également d’autres forces engagées dans la guerre.

Pourquoi la perte de Bara est importante

Bara se trouve à environ 50 kilomètres d’El-Obeid, capitale du Kordofan du Nord. Sa reprise par l’armée facilite l’accès à l’axe routier d’environ 350 kilomètres reliant le Kordofan à Khartoum. Cette route peut servir au ravitaillement des forces gouvernementales installées à El-Obeid.

Les FSR contrôlaient cet axe depuis plus d’un an. Il leur permettait de maintenir une pression sur El-Obeid, de gêner les approvisionnements de l’armée et de conserver une voie vers la capitale. La région comprend aussi des zones minières, dont certaines produisent de l’or.

La perte de plusieurs localités réduit donc la marge de manœuvre des paramilitaires. RFI rapporte aussi que plusieurs commandants des FSR ont été capturés lors des combats. L’armée cherche maintenant à consolider ses positions et à desserrer l’étau autour d’El-Obeid.

Al-Burhan se rend au Kordofan du Nord

Le général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée et dirigeant de fait du Soudan, s’est rendu dans le Kordofan du Nord après les avancées de ses troupes. Des images diffusées par l’armée le montrent avec des soldats à Bara et dans les zones voisines.

La visite a une forte portée symbolique. Elle permet au commandement militaire de présenter les dernières conquêtes comme un tournant. Elle répond aussi au message de Hemedti, qui promet de se rendre lui-même sur le front.

Les FSR ont toutefois montré qu’elles conservaient une importante capacité de frappe. Après la perte de Bara, des drones ont visé El-Obeid. Des habitants cités par The National ont décrit l’une des attaques les plus intenses contre la ville depuis le début de la guerre.

Le Kordofan au centre de la guerre

Depuis plusieurs mois, le Kordofan est l’un des principaux théâtres des combats. La région relie le Darfour, largement contrôlé par les FSR, aux zones centrales tenues par l’armée. Celui qui domine ces routes peut déplacer des hommes, des armes et du carburant entre plusieurs fronts.

L’armée contrôle Khartoum ainsi que la majorité du nord, du centre et de l’est du pays. Les FSR restent très présentes au Darfour et dans certaines parties du Kordofan. Les deux camps s’appuient aussi sur des groupes armés alliés, ce qui rend le conflit encore plus difficile à arrêter.

La guerre a commencé en avril 2023 après l’échec des discussions sur l’intégration des FSR dans l’armée. Le bilan humain exact reste incertain. Les estimations vont de dizaines de milliers à plusieurs centaines de milliers de morts, tandis que des millions de personnes ont été déplacées.

Un changement qui peut intensifier les combats

En donnant plus de liberté aux commandants locaux, Hemedti cherche à rendre ses forces plus rapides. Cette décision peut aussi réduire le contrôle central sur les opérations et augmenter les risques pour les populations civiles.

Le message du chef des FSR annonce donc une nouvelle phase plutôt qu’un recul. L’armée tente d’exploiter son avancée au Kordofan du Nord, tandis que les paramilitaires promettent de reprendre l’initiative. La bataille autour d’El-Obeid et des routes du centre du pays pourrait peser lourd sur la suite de la guerre.


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