(Agence Ecofin) - Au-delà de la frontière qui les sépare, le Soudan et le Soudan du Sud partagent des intérêts communs en matière d’exploitation du pétrole, ressource vitale pour leurs économies respectives.
Selon des informations relayées le mercredi 8 octobre 2025, le Soudan et le Soudan du Sud ont conclu un accord bilatéral visant à sécuriser leurs infrastructures pétrolières stratégiques. Il concerne notamment les pipelines, stations de pompage et zones frontalières par où transite le brut sud-soudanais acheminé vers la mer Rouge.
L’annonce faite à Port-Soudan, intervient dans un contexte marqué par la guerre civile au Soudan, qui a déjà provoqué plusieurs attaques contre des installations pétrolières liées au Soudan du Sud, notamment dans les États du Haut-Nil et d’Unity.
Concrètement, l’accord prévoit la création d’un mécanisme conjoint de sécurité chargé de partager les renseignements et de coordonner des patrouilles transfrontalières pour protéger les installations. Les deux parties prévoient aussi la mise en place d’un Comité économique mixte destiné à renforcer la coopération dans des secteurs tels que l’énergie et les infrastructures.
Cependant, l’association des Forces de soutien rapide (FSR), acteurs majeurs du conflit soudanais contrôlant plusieurs zones traversées par les pipelines, à cette initiative n’a pas été évoquée. Un point qui interroge sur la capacité du gouvernement de Khartoum à en assurer l’application intégrale et effective.
Pour Juba, le pétrole demeure la colonne vertébrale de l’économie nationale. Selon le Fonds monétaire international (FMI), il représente près de 90 % des recettes publiques et 95 % des exportations totales. Mais depuis février 2024, la guerre au Soudan a réduit cette rente, le pipeline assurant environ 70 % des exportations sud-soudanaises ayant été endommagé.
Du côté de Khartoum, ces flux constituent également une ressource essentielle dans une économie affaiblie par la guerre et l’inflation. L’accord de coopération pétrolière de septembre 2012, signé après la sécession du Sud, encadre les redevances versées par Juba à Khartoum pour chaque baril exporté.
Juba paie en effet 1,60 dollar pour le traitement, 8,40 dollars pour le transit assuré par la société publique Petroleum Company (Petco), et 6,50 dollars pour celui géré par Petrodar, le consortium exploitant l’oléoduc reliant les champs sud-soudanais au terminal de Port-Soudan.
S’y ajoutent 1 dollar de redevance souveraine et 15 dollars au titre des arrangements financiers transitoires. Selon le Small Arms Survey, programme de recherche genevois spécialisé dans la sécurité et l’économie du conflit, une partie de ces paiements est effectuée en nature, le Soudan recevant jusqu’à 27 000 barils par jour à titre de compensation.
Si cet accord illustre un pragmatisme nouveau entre les deux Soudans, son efficacité reste incertaine. Sans la participation des FSR et un règlement durable du conflit, la protection des infrastructures pétrolières risque de demeurer précaire.
Abdel-Latif Boureima
Édité par Wilfried ASSOGBA
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