Togo : l’opposition se mobilise contre la nouvelle Constitution

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L’opposition togolaise a de nouveau mobilisé ses partisans contre la Constitution adoptée en 2024. Des centaines de personnes se sont réunies le dimanche 26 juillet 2026 à Vogan, dans le sud du Togo, à environ 60 kilomètres de Lomé. Le rassemblement s’est déroulé dans le calme, selon plusieurs médias présents.

Les participants ont demandé le retour à l’ancienne Constitution et à l’élection du chef de l’État au suffrage universel direct. Des pancartes dénonçaient un « coup d’État constitutionnel » et un changement jugé favorable au maintien de Faure Gnassingbé au sommet du pouvoir.

Un meeting autorisé à Vogan

Le meeting était organisé par le Cadre national de concertation pour le changement au Togo, le CNCC. Cette coalition regroupe plusieurs partis d’opposition et des organisations de la société civile. Il s’agissait de sa deuxième grande rencontre en trois mois, après un premier rassemblement tenu au début du mois de mai à Lomé.

Une note du ministère de l’Administration territoriale, datée du 23 juillet, avait autorisé la tenue de l’activité. Le document demandait aux autorités locales de prendre les dispositions nécessaires pour faciliter son déroulement. Le rendez-vous avait été fixé à 14 heures sur la place des fêtes de Vogan.

La rencontre a commencé par une cérémonie traditionnelle de libation, suivie de l’hymne national. Les responsables de l’opposition ont ensuite pris la parole devant leurs sympathisants. Le rassemblement a donné une nouvelle visibilité à une contestation qui se poursuit depuis l’adoption de la Constitution de la Cinquième République.

La Constitution de 2024 au centre de la colère

Le nouveau texte a fait passer le Togo d’un régime semi-présidentiel à un régime parlementaire. L’élection du président de la République au suffrage universel direct a été supprimée. Le chef de l’État est désormais élu par le Parlement et exerce principalement une fonction de représentation.

L’essentiel du pouvoir exécutif revient au président du Conseil des ministres. Faure Gnassingbé occupe cette fonction depuis la mise en place des nouvelles institutions. Il avait dirigé le pays comme président de la République à partir de 2005, après la mort de son père, Gnassingbé Eyadéma.

Pour l’opposition, cette transformation des institutions permet à Faure Gnassingbé de prolonger son pouvoir sans passer par une élection présidentielle nationale. Les responsables du CNCC veulent donc maintenir la pression et convaincre davantage de Togolais de rejeter le nouveau système.

David Dosseh, porte-parole du Front citoyen Togo debout, a qualifié le changement constitutionnel de totalement illégal. Il estime que la population n’acceptera pas une réforme adoptée sans consultation directe des citoyens.

Une décision de la Cour de la CEDEAO relance le débat

La contestation a reçu un nouvel argument avec un arrêt rendu le 29 janvier 2026 par la Cour de justice de la CEDEAO. La juridiction régionale a qualifié la réforme de « changement de gouvernement inconstitutionnel », selon le jugement cité par plusieurs médias.

Cette décision n’a toutefois pas annulé la Constitution togolaise. Le texte reste en vigueur dans le droit national. L’arrêt nourrit surtout le débat politique sur la manière dont la réforme a été adoptée et sur sa compatibilité avec les principes démocratiques défendus au niveau régional.

Le gouvernement togolais conteste la lecture faite par l’opposition. Il affirme que la Cour de la CEDEAO n’a pas compétence pour contrôler la constitutionnalité du droit interne. Pour le camp au pouvoir, le régime parlementaire doit renforcer la représentativité et mieux organiser l’exercice du pouvoir.

Une mobilisation politique encore fragile

Les rassemblements publics de l’opposition restent rares au Togo. La rencontre de Vogan a permis aux partis présents de montrer qu’ils peuvent encore réunir des militants en dehors de la capitale. Elle a aussi révélé les difficultés d’une opposition souvent divisée sur la stratégie à suivre.

Le CNCC cherche à rapprocher des formations qui ont longtemps agi séparément. Ses dirigeants présentent les meetings de Lomé et de Vogan comme les premières étapes d’une campagne nationale. Leur objectif est d’installer la question constitutionnelle dans le débat public et d’obtenir un rapport de force plus favorable.

La participation de plusieurs centaines de personnes donne du relief à cette démarche, mais elle ne suffit pas encore à mesurer l’adhésion du pays. L’opposition devra démontrer qu’elle peut maintenir ses actions dans le temps, mobiliser au-delà de ses bastions traditionnels et proposer une ligne commune.

Le pouvoir face à une contestation persistante

Les tensions autour de la nouvelle Constitution ne sont pas nouvelles. Des mobilisations organisées en 2025 avaient été suivies de bilans humains contestés. La société civile avait fait état de sept morts, tandis que le parquet avait évoqué cinq décès par noyade.

Dans ce contexte, le déroulement calme du meeting de Vogan est suivi de près. Son autorisation officielle peut être interprétée comme une ouverture limitée de l’espace politique. Elle ne règle cependant pas le désaccord sur les institutions ni la question de l’alternance.

Faure Gnassingbé et son parti disposent d’une majorité solide au Parlement. L’opposition, elle, tente de transformer la décision de la Cour de la CEDEAO et les rassemblements populaires en pression politique. La prochaine étape dépendra de sa capacité à élargir la mobilisation sans provoquer de nouveaux affrontements.

Le meeting de Vogan ne change donc pas immédiatement le fonctionnement des institutions. Il montre toutefois que la réforme de 2024 demeure un sujet de confrontation majeur. Deux ans après son adoption, la Constitution continue d’opposer le pouvoir, l’opposition et une partie de la société civile.


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