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(Agence Ecofin) - Face à l'urgence climatique et à la faible électrification de l'Afrique de l’Ouest, la BIDC redéfinit ses priorités. Grâce à une série d’initiatives structurantes - levée obligataire verte, accréditation au Fonds vert pour le climat (FVC), partenariats renforcés, - l’institution de financement du développement veut devenir un pilier de la transition énergétique dans la région. Y parviendra-t-elle ?
Accréditation au Fonds vert pour le climat, premier emprunt obligataire vert de l’UEMOA, partenariat structurant avec la Banque européenne d’investissement (BEI), etc. Depuis plus de deux (2) ans, la Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC) multiplie les chantiers pour poser les bases d’un virage stratégique longtemps annoncé : devenir un acteur clé de la finance climatique en Afrique de l’Ouest.
100 millions d’euros pour changer d’échelle
Le 28 février 2025, à Cape Town, en marge du Sommet Finance en Commun, la BIDC a signé un accord de 100 millions d’euros (113,8 millions $) avec la Banque européenne d’investissement (BEI), dans le cadre de l’initiative « Global Gateway ». De cette enveloppe, 68 millions d’euros seront alloués aux énergies renouvelables, le reste étant destiné à des projets d’agriculture durable et de gestion de l’eau.

Une annonce qui se justifie par une stratégie enclenchée. Quinze (15) jours plus tôt, la banque décrochait son accréditation au FVC, un mécanisme multilatéral piloté par les Nations Unies. Ce label lui ouvre l’accès à une nouvelle catégorie de ressources : des fonds concessionnels, directement mobilisables pour financer des projets climatiques dans les Etats de la CEDEAO. « Il s’agit d’une étape importante vers un avenir où croissance économique et durabilité environnementale vont de pair », a laissé entendre à ce propos, Dr George Agyekum Donkor, président de la BIDC et de son conseil d’administration.
« Cela donne un accès direct à des ressources importantes et crédibles pour accélérer les projets verts dans la région et accroître la visibilité de la banque auprès des partenaires mondiaux », explique M. Mathieu Ano, responsable de l’Unité environnement et développement durable (UEDD) de la BIDC. Selon lui, l’institution peut désormais combiner différents instruments financiers – prêts, garanties, subventions, co-financements – avec une ingénierie adaptée aux défis climatiques et aux contraintes d’accès à l’énergie. Concrètement à travers ce nouveau sésame, elle « agira comme un catalyseur en structurant des projets bancables et en mobilisant d’autres partenaires techniques et financiers (PTF). Elle jouera également un rôle de facilitateur entre les gouvernements, les entreprises et les PTF pour faire aboutir des initiatives régionales dont la mise en œuvre aurait été plus complexe », ajoute le responsable de l’UEDD de la BIDC.
Une première émission verte pour l’UEMOA
Une montée en puissance, amorcée bien avant l’accréditation, avec notamment en juillet 2024, l’émission de la première obligation verte de l’histoire de l’UEMOA, orchestrée par la BIDC. Cette opération, d’un montant de 70 milliards FCFA (environ 121,5 millions $), a permis de financer des infrastructures sobres en carbone dans des secteurs critiques : énergie solaire, hydroélectricité, électrification rurale, agriculture, etc. Une levée, indique la BIDC, alignée avec les objectifs climatiques de la CEDEAO qui ambitionne de porter à 48% la part des énergies renouvelables dans le mix électrique régional d’ici 2030 contre 20% aujourd’hui. Mais surtout, dans une région où le taux moyen d’accès à l’électricité reste inférieur à 51,3%, avec de fortes disparités entre les zones urbaines et rurales, la transition énergétique devient un levier de transformation économique.

La CEDEAO dispose d’un potentiel de plus de 25 000 MW en hydroélectricité et d’un ensoleillement moyen de 5 à 6 kWh/m²/jour. Pourtant, 220 millions de personnes vivent encore sans électricité, et les énergies renouvelables ne représentent que 20% du mix régional. Selon la Banque mondiale, la CEDEAO perd jusqu’à 4% de son PIB chaque année en raison de son retard énergétique.
Un portefeuille énergie qui s’étoffe
Ces dernières années, la BIDC a élargi son périmètre d’actions. A fin décembre 2024, elle avait engagé plus de 127 millions $ dans les énergies renouvelables, auxquels s’ajoutent 92 millions $ pour l’électrification rurale, près de 5% de ses engagements cumulés depuis sa création. Mais plus globalement, dans le secteur énergétique, elle a engagé pas moins de 855 millions $, près de 19% de son portefeuille d’interventions globales.
Rien qu’en 2023, 182,2 millions d’unités de compte (environ 243 millions $) ont été approuvées dans le secteur de l’énergie – près de 40 % du total annuel. Un chiffre révélateur de la priorité grandissante accordée à l’énergie dans ses orientations stratégiques.
« La BIDC a engagé plus d’un (1) milliard de dollars au cours des cinq (5) dernières années dans des projets de développement durable, dont de nombreuses initiatives de transition énergétique », confirme M. Mathieu Ano. Ces financements visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et à promouvoir un modèle de croissance plus propre, notamment à travers des investissements dans le transport durable et l’efficacité énergétique.
Des projets dans plusieurs pays
Sur le terrain, les projets financés par la BIDC se multiplient dans le secteur des énergies renouvelables, avec une attention particulière portée à l’électrification rurale. « La banque finance une variété de projets énergétiques, notamment des projets d’énergie solaire au Sénégal [et] au Bénin », explique M. Ano.
Au Bénin, la BIDC appuie un programme d’électrification de 750 infrastructures communautaires – écoles, centres de santé, marchés – via des systèmes solaires photovoltaïques, pour 21,1 millions $. Au Niger, deux (2) projets distincts sont en cours : l’un, de 6,6 millions $, cible les régions de Dosso, Tahoua et Tillabéry ; l’autre prévoit l’électrification de 250 localités rurales à l’échelle nationale, pour 39,7 millions $.
En Sierra Leone, un projet d’éclairage public solaire dans treize (13) municipalités, dont Freetown, est soutenu à hauteur de 20 millions $. La BIDC y co-finance également la construction de centrales photovoltaïques de 50 MW par Planet Solar Energy Ltd, un projet appelé à augmenter de près de 30% la capacité installée du pays.
Par ailleurs, l’Institution détient des participations stratégiques dans la Société africaine des biocarburants et des énergies renouvelables (SABER), ainsi que dans le Fonds africain pour les énergies renouvelables (FAER), deux (2) structures panafricaines spécialisées dans l’innovation énergétique.
La BIDC intervient également dans des projets d’interconnexion électrique, comme la ligne Guinée–Mali, et s’ouvre à des technologies vertes moins conventionnelles : valorisation de déchets organiques via la biomasse, déploiement de parcs éoliens (au Sénégal notamment), et programmes d’efficacité énergétique visant à réduire la consommation et les émissions.

Des freins structurels à surmonter
Malgré les avancées réalisées, plusieurs obstacles freinent encore la montée en puissance de la BIDC dans le financement climatique. Des cadres réglementaires fragmentés, des besoins en capitaux initiaux importants, des risques de change élevés, et un accès souvent complexe aux financements internationaux, comme l’a souligné Mathieu Ano, limitent encore le déploiement massif de projets verts dans la région.
Pour y faire face, l’institution entend renforcer ses capacités techniques, diversifier ses instruments financiers, et élargir ses partenariats. « Nous collaborons avec plusieurs partenaires, aussi bien multilatéraux que bilatéraux, que ce soit la Banque européenne d’investissement (BEI), avec laquelle nous avons mobilisé 100 millions d’euros, mais aussi l’AFD, la Banque mondiale, la BOAD, ainsi que des fonds spécialisés comme le Fonds vert pour le climat. Nous travaillons également avec le secteur privé, notamment pour attirer des investissements sur des projets structurants. Nous servons de levier », détaille M. Ano.
Ces partenariats devraient permettre à la BIDC de jouer un rôle d’entraînement. A titre d’exemple, l’accord signé avec la BEI pourrait permettre de mobiliser jusqu’à 300 millions d’euros à terme, pour financer des infrastructures vertes et durables dans la région. Lors de la signature, Ambroise Fayolle, vice-président de la BEI, a salué « une avancée majeure dans la mobilisation de capitaux pour une transition juste en Afrique de l’Ouest », ajoutant : « nous voulons combler le déficit de financement pour accélérer la transition énergétique et renforcer la résilience de l’Afrique de l’Ouest face aux défis climatiques. »
Selon l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), entre 45 et 60 milliards $ par an seront nécessaires d’ici 2030 pour atteindre les objectifs énergétiques en Afrique subsaharienne. Le Fonds africain de garantie, de son côté, évalue à 25 milliards $ par an les besoins pour parvenir à un accès universel à l’énergie sur le continent.
La BIDC pose ainsi les jalons d’une architecture régionale de la finance climatique et démontre son ambition de s’inscrire en tant qu’acteur de référence dans un changement d’échelle en matière d’impact durable.
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