La Commission européenne a franchi une nouvelle étape. Sa présidente, Ursula von der Leyen, a annoncé qu'une application européenne de vérification d'âge était désormais « techniquement prête », après plus d'un an de tests dans plusieurs États membres. L'objectif est clair : permettre aux utilisateurs de prouver leur âge en ligne sans divulguer leur identité.
Pas le temps de lire ? Découvrez cette actu au format audio dans notre podcast Vitamine Tech, animé par Adèle Ndjaki. © FuturaLe fonctionnement se veut simple, après avoir téléchargé l'application, l'utilisateur doit fournir une preuve d'identité officielle (carte d'identité, passeport) afin de certifier son âge une fois pour toutes. Par la suite, lors de l'accès à une plateforme soumise à une restriction d'âge, un QR code est affiché. L'utilisateur le scanne, saisit un code PIN, et l'application confirme uniquement si la condition d'âge est remplie sans transmettre d'autres données.
Entre protection et respect de la vie privée
Selon Ursula von der Leyen, ce dispositif permettrait une vérification « complètement anonyme et sans possibilité de traçage ». Un enjeu central, alors que certaines plateformes recourent encore à des méthodes plus intrusives, comme l'analyse faciale pour estimer l'âge des utilisateurs. Ces pratiques sont régulièrement critiquées par la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) en raison des risques liés aux données biométriques (atteinte à la vie privée, fuite, piratage... ). Toutefois, cette nouvelle solution européenne suscite déjà des interrogations. Des experts en cybersécurité ont démontré qu'il serait possible de contourner certains mécanismes d'authentification. L'enjeu est donc de taille : protéger efficacement les mineurs sans instaurer une surveillance généralisée des utilisateurs.
L'objectif d'une application de vérification européenne sûre.© Image générée par Midjourney / @Legacy
Pour répondre à ces préoccupations, la Commission européenne mise sur la transparence. L'application est open source, ce qui signifie que son code est accessible publiquement et peut être audité par des experts indépendants. L'objectif est de renforcer la confiance en garantissant que seules les données strictement nécessaires sont utilisées. Malgré ces garanties, plusieurs organisations de défense des libertés numériques restent sceptiques, et estiment que ce type de dispositif pourrait porter atteinte aux libertés publiques tout en déresponsabilisant les plateformes.
Un déploiement de l'appli encore incertain ?
L'efficacité du système dépendra en grande partie de son adoption par les grandes plateformes, dans le cadre du Digital Services Act. Entré en vigueur en 2024, cette législation européenne impose aux grandes plateformes des règles strictes en matière de protection des utilisateurs, en particulier les plus jeunes. Selon la Commission européenne, l'intégration de cette nouvelle plateforme devrait être simple et standardisée.
Pour éviter une fragmentation en 27 systèmes différents, la Commission mettra en place dès ce mois-ci un mécanisme de coordination à l’échelle de l’UE. © Pexels
L'application doit être progressivement déployée dans les 27 États membres de l'Union européenne. Les prochains mois seront donc déterminants pour évaluer son adoption réelle et vérifier si les promesses en matière de protection des données et d'efficacité sont tenues.
Les mineurs face à Internet : un accès toujours plus précoce
Aujourd'hui, un constat s'impose dans de nombreux pays : les enfants accèdent à Internet de plus en plus tôt, souvent sans véritable encadrement. Selon un rapport publié en 2023 par Ofcom, 99 % des jeunes âgés de 12 à 15 ans au Royaume-Uni utilisent Internet, et 91 % possèdent un profil sur au moins une plateforme sociale, malgré un âge minimum généralement fixé à 13 ans. En France, la situation est comparable. La CNIL souligne dans ses études sur les usages numériques que de nombreux mineurs accèdent aux réseaux sociaux avant l'âge légal, en contournant des systèmes de vérification jugés peu fiables.
La régulation d'Internet à l'échelle mondiale
Face à cette réalité, plusieurs pays ont renforcé leur cadre législatif afin de mieux encadrer l'accès des mineurs aux réseaux sociaux, en fixant un âge minimum d'inscription qui demeure, dans la majorité des cas, établi à 13 ans.
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Au Royaume-Uni, l'Online Safety Act impose désormais aux plateformes des obligations renforcées, notamment en matière de vérification de l'âge. L'Australie, via son régulateur eSafety Commissioner, travaille également à restreindre l'accès des mineurs à certains services numériques. Au Portugal, des réflexions sont en cours pour renforcer le contrôle parental dans le cadre des politiques européennes du Digital Services Act.
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