En France, l'industrie représente environ un cinquième des émissions de gaz à effet de serre. Si ce chiffre est en baisse depuis plusieurs décennies, il reste un verrou majeur pour atteindre la neutralité carbone. Contrairement au secteur de l'électricité ou du bâtiment, certaines émissions industrielles sont dites « incompressibles » : elles sont liées aux procédés chimiques eux-mêmes, comme dans la fabrication du ciment.
Décarboner l'industrie est donc à la fois indispensable et particulièrement complexe. Cela suppose de transformer en profondeur des outils de production, d'investir massivement dans de nouvelles technologies et de repenser l'organisation même des territoires industriels. C'est précisément dans cet esprit qu'a été lancé, dès février 2022, le programme ZIBaC, dans le cadre de France 2030.
Dix territoires au cœur de la décarbonation
« La décarbonation du secteur industriel est un sujet complexe, la raison pour laquelle, à l'Ademe, on multiplie les angles d'approche », explique Simon Deltombe, coordonnateur programme ZIBaC pour l'Ademe. Outre les dispositifs individuels de décarbonation site par site comme le programme ACT, ou des démarches par secteur industriel grâce aux plans de transition sectorielle, il existe une approche territoriale là où les émissions de gaz à effet de serre sont très concentrées. « C'est ainsi qu'est née cette idée d'appel à projets ZIBaC, zone industrielle bas-carbone, pour développer ces synergies entre entreprises très émissives d'une même zone », poursuit-il.
Les dix zones industrielles lauréates du programme représentent à elles seules 52 millions de tonnes de CO₂ émises chaque année, soit près de 75 % des émissions industrielles françaises. Après une première période d'études, le programme ZIBaC a entamé une nouvelle phase depuis juin 2025 dans laquelle « on va chercher à préciser les trajectoires pertinentes de décarbonation et permettre aux industriels de préparer la décision d'investissement, donc d'aborder les opportunités d'infrastructures, notamment de décarbonation, sous l'angle technico-économique, évidemment, mais aussi sous l'angle contractuel, sous l'angle des ressources, etc.», précise Simon Deltombe.
Une approche à la fois territoriale et nationale
Plus de 250 études de faisabilité vont être au bout du compte réalisées afin d'identifier les solutions techniques, économiques et organisationnelles les plus pertinentes. Plutôt que de multiplier les actions isolées entreprise par entreprise, ZIBaC propose une approche collective et territoriale.
Les industriels d'une même zone, accompagnés par les collectivités locales et l'Ademe, travaillent ainsi ensemble à la construction de trajectoires de décarbonation communes, compatibles avec les objectifs de la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) qui a fixé une baisse de 81 % d'émissions en 2050 par rapport à 2015.
Ces démarches dépassent les stratégies individuelles pour construire de véritables stratégies territoriales, intégrant les enjeux d'emploi, de foncier et de concurrence d'usage des ressources.
L'État soutient cette démarche à hauteur de 35 millions d'euros, via France 2030, soit la moitié des 70 millions d'euros investis par les industriels. Un effort financier conséquent, mais indispensable pour préparer des investissements qui se chiffreront, à terme, en dizaines de milliards d'euros.
Selon Simon Deltombe, « chaque décision, chaque trajectoire retenue pour décarboner ces zones-là va avoir un impact au niveau national et donc sur les capacités de l'État, les orientations que veut donner l'État sur les technologies à activer ou non pour permettre la décarbonation ».
Penser la décarbonation et l’adaptation
Les leviers étudiés dans les ZIBAC dessinent le visage possible de l'industrie de demain. L'électrification des procédés, bien évidemment, mais aussi l'efficacité énergétique, notamment via la récupération de la chaleur dite « fatale », les territoires explorent également le recours aux énergies renouvelables locales (biomasse, biogaz), le développement de l'hydrogène bas-carbone pour les secteurs les plus difficiles à électrifier, et, en dernier recours, le captage et stockage du CO₂ pour les émissions réellement impossibles à éviter, comme dans le ciment.
« Cela permet aussi de réfléchir à leur résilience dans le futur, face à des aléas qui ne sont pas forcément maîtrisables comme la fluctuation du prix des énergies fossiles qui peut altérer la compétitivité de ces entreprises », ajoute Simon Deltombe. Les études ZIBAC intègrent ainsi des scénarios à horizon 2050 prenant en compte les tensions sur la ressource en eau, les aléas climatiques ou la résilience des infrastructures.
Cette projection de long terme permet aussi d'imaginer de nouvelles activités économiques liées à la transition écologique, rendues possibles par des infrastructures mutualisées : réseaux de chaleur, d'hydrogène ou de transport du CO₂.
Article rédigé en partenariat avec l'Ademe
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