Avez-vous déjà entendu parler de Starfish Prime ? Il s'agissait d'un essai nucléaire à haute altitude mené par les États-Unis le 9 juillet 1962, avec une fusée emportant une ogive thermonucléaire.
Elle a détoné à environ 400 kilomètres d'altitude, soit en gros celle de la Station spatiale internationale aujourd'hui. Elle a dégagé une puissance de 1,4 Mt, mais elle a surtout produit un flot d'électrons très énergétiques se propageant dans les célèbres Ceintures de Van Allen. Ces électrons ont endommagé, voire mis hors service plusieurs des quelques dizaines de satellites alors en orbite autour de la Terre, rendant inopérationnels des panneaux solaires notamment.
The largest nuclear bomb in outer space exploded 64 yrs ago today.
Starfish Prime was a 1.4 megaton thermonuclear warhead, detonated at the altitude the Space Station now orbits. It created man-made radiation belts that wrecked many satellites & lasted 5+ years.
A year after… pic.twitter.com/C6vbG3MQ9D
Parmi les objectifs de ce test, il y avait la volonté de savoir si l'on pouvait détruire un escadron des missiles balistiques nucléaires ennemis en phase de vol et l'étude des effets d'une détonation nucléaire en haute altitude sur les systèmes radar.
Les résultats obtenus ont conduit plusieurs pays à signer en 1967 le Traité de l'Espace interdisant les armes nucléaires dans l'espace. En fait, dès 1963, les États-Unis et l'URSS avaient signé un traité d'interdiction partielle des essais nucléaires, officiellement intitulé « Traité interdisant les essais d'armes nucléaires dans l'atmosphère, dans l'espace extra-atmosphérique et sous l'eau », qui proscrivait toutes les explosions d'essais d'armes nucléaires, à l'exception de celles effectuées sous terre.
Un documentaire sur Starfish Prime. Pour obtenir une traduction en français assez fidèle, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en anglais devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © USA, WAR
Cette même année, les États-Unis ont commencé le programme Vela, une famille de satellites de reconnaissance destinés à surveiller l'application du Traité et qui étaient équipés d'instruments permettant de détecter les rayonnements gamma, X et les neutrons émis par une explosion nucléaire. Ces satellites allaient découvrir les fameux sursauts gamma, détection qui est restée secrète pendant un temps.
Malheureusement, en 2022, quelques semaines seulement avant l'invasion à grande échelle de l'Ukraine, la Russie a lancé un satellite suspect, appelé Cosmos 2553, en orbite terrestre basse.
Depuis mars, le commandement spatial américain organise une série d'exercices de guerre orbitale inédits, associant pour la première fois une soixantaine d'entreprises privées. Le premier simulait l'explosion d'une bombe nucléaire en orbite, un scénario improbable mais dont les conséquences catastrophiques justifient que l'on s'y prépare.... Lire la suite
En supposant qu'il soit porteur d'une arme nucléaire, son explosion perturberait les réseaux de télécommunications, le GPS, l'internet spatial avec bien sûr les satellites de Starlink.
Mais comment prouver, si tel est le cas, que la Russie a violé le Traité de l’Espace ?
Areg Danagoulian, professeur agrégé de sciences et d'ingénierie nucléaires au MIT (Massachusetts Institute of Technology), pense que c'est possible et il vient de faire une proposition théorique en ce sens dans un article publié dans Nature, dont une version en accès libre se trouve sur arXiv.
Il part de la constatation suivante. Une arme nucléaire doit utiliser des noyaux d'uranium ou de plutonium. Or, ceux-ci sont très riches en neutrons, de sorte que lorsqu'un rayon cosmique suffisamment énergétique - par exemple un proton - frappe un de ces noyaux, il se produit un processus nucléaire appelé spallation (de l'anglais to spall, produire des éclats), qui arrache des dizaines de neutrons par noyaux frappés.
Un satellite inspecteur équipé de scintillateurs et de détecteurs en diamant synthétique pourrait distinguer ces neutrons de ceux produits naturellement dans l'environnement spatial.
Selon les calculs de Danagoulian, un détecteur de la taille d'une grande encyclopédie pourrait identifier une arme nucléaire avec 99 % de précision en restant à moins de quatre kilomètres du satellite suspect pendant environ une semaine. À moins d'un kilomètre, la détection pourrait se faire en une heure environ.
La menace plane au-dessus de nos têtes. La Russie aurait perdu le contrôle du Cosmos-2553, un satellite secret russe, dont les États-Unis craignent qu’il fasse partie d’un système d’arme nucléaire antisatellite. Futura fait le point sur ces étranges manœuvres en orbite haute.... Lire la suite
Dans un communiqué du MIT, le chercheur explique aussi, en ce qui concerne Cosmos 2553, que « les Russes ont lancé ce satellite sur une orbite très étrange et inhabituelle, parce qu'elle traverse l'environnement le plus hostile possible autour de la Planète. Personne ne place de satellites là-bas, car c'est une région très radioactive. Pourquoi placerait-on un satellite sur cette orbite ? Eh bien, cet emplacement est probablement le meilleur endroit pour piéger des électrons si l'on voulait faire exploser une arme thermonucléaire ».
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