Renault militarise son SUV Rafale : pourquoi ce prototype en dit long sur les guerres futures

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Le SUV Renault Rafale est immobilisé depuis une vingtaine de minutes dans un creux de terrain, moteur thermique coupé. En mode électrique pur, il n'émet ni bruit ni chaleur détectable. À l'intérieur, deux opérateurs fixent les écrans. À 3,4 kilomètres au nord-est, deux drones quadrimoteurs déployés depuis le toit du véhicule cartographient en silence un carrefour stratégique. Leurs flux vidéo, leurs données de position et les signaux interceptés dans la zone convergent en temps réel sur l'ordinateur de bord du Rafale.

Comme l'avion de chasse de Dassault, la voiture est un véhicule de combat. En revanche, elle ne sert pas à tirer, mais à voir, analyser, compiler et transmettre. Quand l'ordre arrive de se replier, le SUV repart aussi silencieusement qu'il était venu.

Ce scénario, Renault Group, en partenariat avec Thales, l'a rendu concret sur le stand de Thales à Eurosatory, avec la présentation du prototype 4 TROOP. Mis à part sa couleur sablée lui procurant un vague air militaire, la voiture est désignée comme un véhicule civil multi-rôles (VCMR). Et ce SUV, qui semble posséder tous les attributs d'un modèle de série, a un petit plus :  il s'intègre dans l'architecture électronique de Thales, avec ses systèmes de communications sécurisées, sa connectivité tactique, la coordination opérationnelle et d'aide à la décision.

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Depuis les consoles déployées dans le coffre, hayon ouvert, il est également possible de piloter, gérer et programmer directement des drones aériens et terrestres. 

Une plateforme civile éprouvée, militarisée nativement

Le modèle présenté à Eurosatory est un Renault Rafale hybride rechargeable à transmission intégrale. Une façon de rendre le véhicule discret en mode électrique, tout en disposant d'une grande autonomie. Et son moteur thermique ou sa batterie peuvent également alimenter en énergie des équipements militaires électriques sur le terrain.

C’est à partir de ce mini-véhicule de commandement que l’équipage peut faire décoller et piloter des drones ou des robots terrestres. © Thales

Si proposer un tel SUV de série, vaguement militarisé dans l'allure, peut sembler étrange, cela coche pourtant les cases de ce que souhaite la Direction générale de l'armement (DGA). Cette dernière considère que les postes de commandement actuels sont coûteux, peu ergonomiques et parfois d'une conception artisanale, avec divers instruments agglutinés sans véritable cohérence dans des véhicules.

Et justement, avec ce projet 4 TROOP, Renault et Thales intègrent directement dans l'architecture électronique du véhicule les systèmes Thales. L'ensemble est compatible avec l'environnement Scorpion qui reste actuellement le réseau de combat collaboratif des forces terrestres. Les autres atouts sont un coût contenu, une production en masse rapide envisageable et une maintenance facilitée.

La nécessité de la dualité

À quoi pourrait servir un tel véhicule en combat mis à part les missions de reconnaissance par drone ou robot ? Le spectre est assez large : aide à la décision, reconnaissance, coordination sur le terrain, escorte, soutien logistique et surveillance de zones sensibles.

Renault compte également militariser en poste de commandement d'autres véhicules de ses gammes et marques. Le constructeur évoque la R4, le Dacia Bigster ou certains utilitaires.

Par ailleurs, chez Renault, des chaînes de production sont désormais dédiées à la fabrication en masse de drones suicides en collaboration avec Turgis & Gaillard. Ce virage militaire de Renault s'inscrit dans une tendance de fond qui traverse désormais l'ensemble de l'industrie française et européenne : la dualité civilo-militaire.

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Longtemps cantonnée aux secteurs de l'espace ou de la cybersécurité, cette logique gagne aujourd'hui les constructeurs automobiles, les équipementiers électroniques et même les fabricants de drones grand public.

L'idée est simple : plutôt que de concevoir du matériel militaire coûteux, autant s'appuyer sur des plateformes civiles produites en grande série et les militariser par couches technologiques successives. Avec ce procédé inauguré par nécessité par l’Ukraine, le coût unitaire s'effondre, les délais de livraison aussi. Cette guerre a brutalement accéléré cette prise de conscience puisque les nouveaux conflits de haute intensité consomment du matériel à un rythme que les industries de défense traditionnelles ne peuvent pas suivre. La capacité à produire vite et en volume est redevenue une priorité stratégique pour tous.


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