Régulièrement, je vais publier ici, sur Futura, un court article sur l'intelligence artificielle ou sur un sujet scientifique qui me tient à cœur. Celui d'aujourd'hui vous propose quatre façons de danser avec l'IA (sans se marcher sur les pieds).
Alors que certains encensent la moindre application de l'intelligence artificielle, pendant que d'autres s'y opposent avec véhémence, que les soi-disants experts IA fleurissent comme les pâquerettes au printemps, il est devenu difficile de se faire une opinion sur ce sujet épineux. Toutefois, la pire des positions serait certainement de l'ignorer.
Dans ce brouhaha, quatre grandes tendances semblent néanmoins émerger. Outre le fait d'éviter la dichotomie simpliste du pour ou contre, elles permettent de réfléchir et de nuancer sa propre position, ce qui est toujours préférable.
Pour cela, il suffit de répondre à deux questions simples.
La première est relative à l'importance de l'IA : selon vous, est-elle une simple évolution technologique ou bien un bouleversement majeur ?
La seconde concerne son impact sur la société : sera t-il plutôt négatif ou, au contraire, positif ?
4 façons de se positionner face à l'IA
Ces deux questions, que l'on peut représenter sur deux axes, définissent quatre grands types de positions :
les « catastrophistes » pensent que l'IA est un bouleversement majeur, mais qui, à l'extrême, peut conduire à la fin de l'humanité ;les « techno-progressistes » voient en l'IA une révolution technologique qui améliorera significativement le monde ;les « techno-critiques » minimisent son impact, qui n'apportera essentiellement que des effets indésirables ;les « schumpétériens » y voient une évolution technologique importante, mais dont les effets, bien que positifs, ne changeront pas le monde en profondeur.
Les grandes positions face à l’intelligence artificielle peuvent être représentées selon deux axes : l’ampleur du bouleversement technologique et l’impact perçu sur la société. Entre catastrophisme, techno-optimisme, critique et pragmatisme, le débat est moins binaire qu’il n’y paraît. © AB, IA
Pour mémoire, Joseph Schumpeter (1883-1950) est un économiste autrichien émigré aux États-Unis, qui prônait l'innovation comme le principal moteur de la croissance économique, les technologies de rupture rebattant les cartes. Il a popularisé le concept de « destruction créatrice », où les innovations peuvent détruire certains pans de l'économie, mais en créent d'autres, avec un bilan positif sur le long terme.
Une fois encore, il ne s'agit pas de répondre aux deux questions de façon binaire, mais sur une échelle de 1 à 10 par exemple, ce qui permet de nuancer sa position et sortir du débat technophile vs technophobe. En outre, cette réflexion peut naturellement évoluer avec le temps. Ainsi, le Canadien Geoffrey Hinton, lauréat du prix Nobel pour ses travaux sur les réseaux de neurones, était au départ franchement « bloomer » avant de devenir plus récemment un « doomer » activiste, regrettant même ses propres contributions à l'IA.
Personnellement, ma position oscille d'une façon non triviale en fonction des acteurs, de leur éthique et des applications. Ainsi, à l'instar de Joshua Bengio, je ne minimise pas les risques d'une utilisation néfaste, dangereuse voire criminelle de l'IA, mais, tout comme Yann LeCun, je pense qu'elle représente globalement plus une opportunité qu'une menace pour l'humanité. Une forme kantienne du pessimisme de la raison et d'optimisme de la volonté.
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1 day ago
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